Couleur des bouteilles de gaz médicaux et identification du contenu
Publié le 26 octobre 2026
Mis à jour le 26 octobre 2026
Points clés à retenir
- La décision du 14 février 2012, publiée au Journal officiel du 14 mars 2012 sous le NOR ETSM1200033S, pose à son article 3 que l'identification d'une bouteille de gaz se fait par la lecture de son étiquette et non par la couleur.
- Depuis l'entrée en application de la NF EN 1089-3, dans son édition de septembre 2011, la couleur de l'ogive désigne le risque principal du contenu, toxique ou corrosif, inflammable, oxydant ou inerte. Plusieurs gaz distincts partagent donc la même teinte.
- Sept gaz échappent à cette logique et portent une couleur d'ogive propre, dont l'oxygène en blanc RAL 9010 et le protoxyde d'azote en bleu RAL 5010.
- Le corps des bouteilles à usage médical est blanc. L'INRS précise dans sa brochure ED 6369, édition 2020, que le corps d'un récipient à usage industriel, s'il est peint, ne doit jamais être blanc.
- Le remplacement s'est étalé de 2013 à 2021 selon les gaz, suivant le calendrier fixé à l'article 1 de la décision du 14 février 2012.
- Pour les canalisations, l'ISO 7396-1:2016 ne fixe aucune couleur : son article 10.2 renvoie à l'ISO 5359, dont l'annexe C recense les divergences nationales et régionales.
La couleur d'une bouteille de gaz médical ne dit pas quel gaz elle contient. Dans une réserve d'établissement de santé où cohabitent des bouteilles livrées avant et après la bascule européenne, c'est l'étiquette, et elle seule, qui identifie le contenu.
Le code couleur des bouteilles de gaz, fixé par la norme NF EN 1089-3 dans l'édition de septembre 2011 que vise la décision du 14 février 2012, attribue à l'ogive une couleur qui désigne le risque principal du contenu : toxique ou corrosif, inflammable, oxydant, ou inerte. La teinte renvoie donc à une famille de danger, qu'un gaz peut partager avec plusieurs autres. C'est un renversement de la logique antérieure, où la couleur valait signature du produit, et il explique pourquoi la quasi-totalité des tableaux qui circulent en ligne induisent leur lecteur en erreur.
Au sommaire
Que dit la couleur d'une bouteille de gaz médical ?
La couleur d'une bouteille de gaz médical indique le risque associé à son contenu. La répartition se lit sur trois parties distinctes, que la NF EN 1089-3 traite séparément. Le corps porte une couleur d'usage : blanc pour un gaz à usage médical. L'ogive, c'est-à-dire la partie supérieure en forme d'épaulement, porte la couleur du risque principal et reçoit l'étiquetage réglementaire. Le chapeau, lui, sort du champ de la norme et varie d'un fournisseur à l'autre, ce qui en fait l'élément le moins fiable de l'ensemble. Deux bouteilles de gaz différents peuvent donc présenter la même ogive dès lors qu'ils relèvent du même risque, et une même molécule peut changer de couleur selon qu'elle est livrée pour un usage médical ou industriel. La lecture visuelle rapide, celle qui consistait à reconnaître un gaz à sa teinte, n'a plus de fondement normatif.

Sources : NF EN 1089-3 ; décision du 14 février 2012, NOR ETSM1200033S, article 3 ; INRS, ED 6369, édition 2020, paragraphe 3.2.2.
| Objet repéré | Texte de référence | Ce que la couleur désigne |
|---|---|---|
| Ogive de bouteille | NF EN 1089-3 | Le risque principal du contenu |
| Corps de bouteille | NF EN 1089-3 | L'usage médical, signalé par le blanc |
| Chapeau | Hors du champ de la norme | Rien, la teinte dépend du fournisseur |
| Canalisation de gaz médical | ISO 7396-1:2016, article 10.2, renvoyant à l'ISO 5359 | Un code facultatif, non harmonisé entre pays |
| Tuyauterie de fluide technique | NF X 08-100 | La famille du fluide transporté |
Cette dernière ligne mérite qu'on s'y arrête, car elle explique une confusion fréquente. Un établissement de santé abrite les deux mondes : des gaz médicaux administrés aux patients, et des fluides techniques qui chauffent, refroidissent et alimentent les équipements. Les seconds relèvent de la NF X 08-100 et de son code couleur par famille de fluide, qui fonctionne, lui, sur une logique d'identification. Transposer l'un sur l'autre produit un repérage faux dans les deux sens.
Pourquoi l'ogive désigne-t-elle un risque plutôt qu'un gaz ?
L'ogive désigne un risque parce que le code couleur a été conçu pour informer en priorité l'intervenant qui ne connaît pas l'installation. L'INRS formule le principe sans détour dans sa brochure ED 6369, consacrée aux bouteilles de gaz, éditée en 2020 : le code couleur appliqué à l'ogive renseigne sur le risque associé au gaz ou au mélange contenu dans la bouteille. Il est lié aux propriétés physico-chimiques ou toxicologiques du produit, classées selon quatre grands risques par ordre décroissant de danger. Lorsqu'un gaz présente un risque secondaire, l'ogive se peint selon le risque primaire, le secondaire pouvant s'ajouter sous forme de bandes horizontales. Un pompier, un intérimaire ou un technicien de maintenance extérieur lit donc d'abord une information de sécurité, exploitable sans connaître la molécule.
| Risque du gaz | Couleur de l'ogive | Référence RAL |
|---|---|---|
| Toxique et/ou corrosif | Jaune | RAL 1018, jaune zinc |
| Inflammable | Rouge | RAL 3000, rouge feu |
| Oxydant | Bleu clair | RAL 5012, bleu clair |
| Inerte | Vert vif | RAL 6018, vert jaune |
Source : INRS, ED 6369, « Les bouteilles de gaz », édition 2020, paragraphe 3.2.2. Les quatre risques sont donnés par ordre décroissant de danger.

Source : INRS, ED 6369, édition 2020, paragraphe 3.2.2 et figure 7. Les équivalences sRGB affichées sont approchées : une teinte RAL ne se reproduit pas fidèlement à l'écran et se commande sur nuancier.
Lorsqu'un gaz cumule deux risques, l'ogive porte deux couleurs. L'INRS décrit le principe au même paragraphe : l'ogive est peinte selon le risque primaire, le plus important en termes de danger, et la couleur du risque secondaire, inflammable ou oxydant, peut s'y ajouter sous forme de bandes horizontales. Deux dispositions sont admises, deux bandes avec le risque primaire au-dessus, ou trois bandes avec le risque secondaire pris entre deux bandes de risque primaire. Pour un fabricant de signalétique, ces références RAL ne sont pas décoratives : elles conditionnent la teinte des marqueurs et des plaques de local posés à proximité, qui doivent s'accorder au parc sans jamais prétendre l'identifier.
Le corollaire est contraignant pour l'exploitation quotidienne. Puisque plusieurs gaz partagent un même risque, ils partagent une même ogive, et la couleur cesse d'être discriminante. Le même ED 6369 rappelle qu'un corps peint en blanc est réservé à l'usage médical : un corps blanc identifie une destination, jamais un produit.
Sept gaz échappent toutefois à cette logique, et l'ED 6369 leur consacre son paragraphe 3.2.3, intitulé « Exceptions : gaz particuliers ». Certains gaz, précise l'INRS, sont identifiés par une couleur d'ogive spécifique plutôt que par le code couleur du risque. Trois le sont quel que soit leur usage, industriel ou médical. Quatre gaz inertes à usage médical doivent en outre respecter une couleur imposée, l'usage industriel restant libre de l'adopter.
| Gaz | Couleur de l'ogive | Référence RAL | Portée |
|---|---|---|---|
| Acétylène | Marron | RAL 3009, rouge oxyde | Tous usages |
| Oxygène | Blanc | RAL 9010, blanc pur | Tous usages |
| Protoxyde d'azote | Bleu | RAL 5010, bleu gentiane | Tous usages |
| Argon | Vert foncé | RAL 6001, vert émeraude | Imposé en médical |
| Azote | Noir | RAL 9005, noir foncé | Imposé en médical |
| Dioxyde de carbone | Gris | RAL 7037, gris poussière | Imposé en médical |
| Hélium | Brun | RAL 8008, brun olive | Imposé en médical |
Source : INRS, ED 6369, « Les bouteilles de gaz », édition 2020, paragraphe 3.2.3.
L'exception touche donc les deux gaz les plus manipulés d'un service de soins, l'oxygène et le protoxyde d'azote. Elle ne rend pas pour autant la lecture par la couleur fiable : elle ne couvre que sept gaz sur un parc qui en compte bien davantage, et la décision du 14 février 2012 continue de faire de l'étiquette le seul moyen d'identification.
Que dit la réglementation française sur l'identification d'une bouteille ?
La réglementation française impose d'identifier une bouteille de gaz par son étiquette, et le texte qui le dit est rarement cité : la décision du 14 février 2012 fixant des conditions particulières pour le changement des bouteilles de gaz et leur utilisation. Elle porte le NOR ETSM1200033S, a été publiée au Journal officiel n° 0063 du 14 mars 2012 et émane du directeur général de l'agence chargée de la sécurité sanitaire des produits de santé. Elle vise l'article L. 5312-1 du code de la santé publique et la NF EN 1089-3 dans son édition de septembre 2011. Son article 3 tient en deux phrases, dont la première suffit à disqualifier la lecture par la couleur.
« L'identification d'une bouteille de gaz se fait par la lecture de son étiquette et non par la couleur. »
Le même article poursuit sur le branchement, et ces consignes valent d'être reprises telles quelles dans les procédures d'un service technique : le raccord ne doit jamais être forcé, aucun raccord intermédiaire ne doit être utilisé, et une bouteille dont le raccord fuit ne doit pas être employée. Un défaut d'étanchéité au robinet se traite par le retour de la bouteille au fournisseur, jamais par un ajustement sur place. L'article 2 confie l'information des utilisateurs à la commission locale de surveillance de la distribution des gaz, instance prévue par la circulaire DGS/3A/667 bis du 10 octobre 1985, en collaboration avec le fournisseur. La chaîne est donc complète : une norme européenne fixe les couleurs, une décision française fixe la méthode d'identification, et une instance interne de l'établissement porte l'information jusqu'aux équipes.
Où en est le changement de couleur dans les établissements de santé ?
Le remplacement s'est étalé sur neuf ans, de 2013 à 2021, par vagues de cinq ans et par famille de gaz. L'article 1 de la décision du 14 février 2012 fixe le calendrier : 2013-2017 pour les mélanges hélium-oxygène, le monoxyde d'azote et les différents dioxydes de carbone ; 2014-2018 pour le protoxyde d'azote et ses mélanges ; 2015-2019 pour l'air et l'azote ; 2016-2020 pour l'hélium ; 2017-2021 pour l'argon, les gaz de chirurgie oculaire et les mélanges d'exploration fonctionnelle respiratoire. Le texte précise que les gaz dont le code couleur est proche suivent un même calendrier, précaution qui évite de faire cohabiter deux teintes voisines dans un même local pendant la transition. Il ajoute une consigne d'achat rarement reprise : il ne doit pas être acquis de bouteilles provenant de fournisseurs qui ne suivent ni la normalisation européenne ni ce calendrier.
Pour un service technique, la conséquence se lit encore aujourd'hui. Les échanges de bouteilles entre établissements, que la décision signalait déjà comme un point de vigilance, ont pu réintroduire des récipients d'ancienne livrée dans des parcs réputés homogènes. Dans un bâtiment de soins, la signalétique d'hôpital et de clinique doit donc être pensée pour un parc hétérogène plutôt que pour un parc idéal.
Les canalisations suivent-elles le code couleur des bouteilles ?
Non, et c'est la confusion la plus coûteuse : les canalisations relèvent d'une tout autre chaîne normative que les bouteilles. L'ISO 7396-1:2016, troisième édition du 15 février 2016, régit les systèmes de distribution de gaz médicaux comprimés et de vide. Son article 10.2, « Code couleur », ne contient aucun tableau de teintes : il subordonne l'usage d'un code couleur à la conformité à l'ISO 5359, et renvoie pour le reste aux réglementations régionales ou nationales. L'ISO 5359:2014, reprise en France par la NF EN ISO 5359 de novembre 2014, indice de classement S 95-174, traite des flexibles de raccordement à basse pression pour les gaz médicaux et porte un article 6 consacré au marquage, au code couleurs et à l'emballage. Autrement dit, le code couleur des réseaux est facultatif, et il se décide un cran plus bas que la norme d'installation.
Un repère de canalisation recopié d'une ogive est donc faux deux fois : il transpose une information de risque sur un objet qui demande une information d'identification, et il le fait depuis un référentiel qui ne régit pas cet objet. La comparaison entre les grammaires de marquage, que nous détaillons dans notre guide du repérage de tuyauterie selon les normes NF X 08-100, CLP et ISO 20560, vaut ici comme garde-fou.
Existe-t-il un code couleur international des gaz médicaux ?
Aucun code couleur international des gaz médicaux n'est harmonisé, et l'ISO le documente elle-même. La table des matières de l'ISO 5359:2014, librement consultable, comporte une annexe C intitulée « Divergences nationales et régionales rapportées pour le code couleurs et la nomenclature des gaz médicaux ». L'organisation internationale de normalisation tient donc le registre des désaccords au lieu d'imposer une table unique. Le constat n'est pas récent : l'édition précédente, ISO 5359:2008, annulée depuis, portait déjà une annexe C consacrée aux écarts nationaux et régionaux rapportés pour les codes couleurs. L'absence d'harmonisation traverse les éditions, et elle est assumée. Une définition de la norme va plus loin encore, en notant que les réglementations régionales ou nationales peuvent spécifier le nom, le symbole et le code couleurs de l'air enrichi en oxygène.
Cette situation a une conséquence directe pour un établissement qui achète du matériel à plusieurs sources. Un équipement importé peut porter des couleurs conformes dans son pays d'origine et trompeuses en France, sans qu'aucune des deux soit fautive. C'est la raison pour laquelle la mention écrite n'est pas un complément de confort, mais le seul élément qui traverse les frontières sans se déformer.
Comment repérer un réseau de gaz médical sans se tromper ?
Un repérage fiable associe toujours la dénomination en clair du fluide au reste des informations, la couleur n'arrivant qu'en appui. C'est le principe que nous appliquons à l'ensemble de nos marqueurs, et il explique un choix de catalogue qui surprend parfois nos clients hospitaliers : nos repères pour l'oxygène, l'oxygène liquide ou le protoxyde d'azote sont produits selon la NF X 08-100 ou selon le règlement CLP, c'est-à-dire dans la grammaire des tuyauteries. Le nom du fluide y figure en toutes lettres, accompagné du sens d'écoulement, et c'est lui qui identifie. La comparaison entre la NF X 08-100 et le règlement CLP précise ce que chacune apporte.
Restent les conditions de pose, qui décident de la durée de vie du repère. Les galeries techniques d'un établissement de santé cumulent condensation, poussière de chantier et surfaces froides, trois ennemis de l'adhésif. Le repérage descend d'ailleurs jusqu'aux organes de manœuvre, vannes, raccords et robinets de coupure, que l'on identifie à l'étiquette gravée plutôt qu'à l'adhésif. Sur une tuyauterie calorifugée, rugueuse ou grasse, nous orientons vers un marqueur de tuyauterie pour surface difficile plutôt que vers un adhésif standard, dont le décollement est la première cause de reprise en service après-vente.
Une dernière règle vient du terrain plutôt que des textes, et elle mérite d'être connue. Notre doctrine de pose fixe l'axe des plaques à 1,60 m, et place l'étiquette de gaine technique en bas à droite du vantail, à la demande des sapeurs-pompiers : la fumée monte, et c'est le bas de la porte qui reste lisible le plus longtemps. Aucun texte ne prescrit ce côté ni cette hauteur ; c'est un usage d'atelier, né de l'intervention, et nous le présentons comme tel. Les étiquettes de gaines techniques suivent la même logique dans un immeuble de soins que dans un bâtiment d'habitation.
Questions fréquentes sur la couleur des bouteilles de gaz médicaux
Peut-on identifier un gaz médical à la couleur de sa bouteille ?
Non. La décision du 14 février 2012, article 3, pose que l'identification d'une bouteille de gaz se fait par la lecture de son étiquette et non par la couleur. L'ogive désigne le risque principal du contenu, et plusieurs gaz différents partagent la même teinte dès lors qu'ils relèvent du même risque.
Quels gaz ont une couleur d'ogive qui leur est propre ?
Sept, selon l'INRS, ED 6369, paragraphe 3.2.3. L'acétylène en marron, l'oxygène en blanc et le protoxyde d'azote en bleu, quel que soit l'usage. Puis, imposés en médical, l'argon en vert foncé, l'azote en noir, le dioxyde de carbone en gris et l'hélium en brun. Les autres gaz suivent le code du risque.
Pourquoi le corps des bouteilles médicales est-il blanc ?
Le blanc signale l'usage médical, quel que soit le gaz contenu. L'INRS rappelle dans sa brochure ED 6369, édition 2020, que le corps d'une bouteille à usage industriel, s'il est peint, ne doit jamais être blanc. La couleur du corps indique donc une destination, celle du gaz restant portée par l'étiquette.
Le code couleur des bouteilles s'applique-t-il aux canalisations ?
Non. Les canalisations relèvent de l'ISO 7396-1:2016, dont l'article 10.2 ne fixe aucune teinte et renvoie à l'ISO 5359 pour le code couleur, lequel reste facultatif. Recopier une couleur d'ogive sur une canalisation revient à transposer une information de risque sur un objet qui demande une identification.
Quand le changement de couleur des bouteilles a-t-il eu lieu ?
Entre 2013 et 2021, par vagues de cinq ans fixées à l'article 1 de la décision du 14 février 2012. L'air et l'azote ont basculé de 2015 à 2019, le protoxyde d'azote de 2014 à 2018, l'argon de 2017 à 2021. Des bouteilles d'ancienne livrée peuvent subsister après des échanges entre établissements.
Existe-t-il une table internationale des couleurs de gaz médicaux ?
Non. L'ISO 5359:2014 porte une annexe C intitulée « Divergences nationales et régionales rapportées pour le code couleurs et la nomenclature des gaz médicaux ». L'édition précédente de 2008 portait déjà une annexe équivalente. L'absence d'harmonisation est documentée par l'organisation de normalisation elle-même.
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